Salaire universel, travail et chômage : les ingrédients de la liberté

Temps de lecture – 10 minutes.

Le chômage est sans aucun doute l’une des plus grandes mystifications de l’époque contemporaine. Une duperie nourrie par l’ignorance de ce qu’est véritablement le travail et la méconnaissance du système économique, philosophique et social dans lequel nous vivons.  

Au 19ème siècle, nous avons renversé les techniques artisanales et manuelles de production des biens et services par ce qui se fait appeler aujourd’hui la révolution industrielle et l’industrialisation. Un processus de transformation qui aurait pu libérer les peuples du travail salarié. Nous avions là une chance de changer le cours de l’évolution et des modes de vie et par la même occasion d’offrir pour la première fois à l’humanité le temps et les moyens nécessaires d’accomplir sa propre destinée : une véritable liberté.

Les processus d’automatisation et de robotisation permettent de recourir à de moins en moins de mains d’œuvre et de réduire considérablement le temps de travail. Une efficacité jamais égalée par le passé. Avec la réduction du temps de travail, ainsi que le remplacement de l’Homme par la machine, ce dernier pouvait « enfin » vaquer aux activités qu’il a tant voulu réaliser, sans jamais avoir le temps de les pratiquer : expérimentations en tout genre, musique, bricolage, lecture, cuisine, jardinage, éducation des enfants…. des tâches qui ne rentrent pas dans la définition contemporaine du travail bien qu’ils s’agissent de sa véritable nature.

Le non-travail ou le chômage, dans ce cas précis, devient un but recherché par les sociétés qui placent l’Homme, la liberté et la conscience au premier plan. Mais pour que ce cela puisse être atteint, il aurait fallu proposer un salaire universel— d’autant que la richesse créée par l’industrialisation le rend possible.

 Redéfinir la notion du travail

Depuis des siècles, nous avons fait croire aux Hommes qu’ils n’étaient pas maîtres de leurs destinées, qu’ils devaient travailler dur pour gagner leur vie, une sorte de rédemption favorisée par des concepts religieux comme celui de la « valeur travail » dans le christianisme.

 Black God, White Devil
Black God, White Devil

L’Église catholique, à titre d’exemple, a maintes fois affirmé la valeur sanctificatrice du travail [1]et consacre une partie importante de son enseignement aux rapports des Hommes avec le travail— comme d’ailleurs de nombreuses religions et philosophies. « Avant le péché l’homme devait travailler, car en travaillant, il perfectionne en soi l’image de Dieu » (Pie XII, message de Noël 1955) ; en travaillant pour plaire à Dieu et non aux hommes, on sacralise le travail qui devient par la même occasion un concept non critiquable, figé dans le temps et l’espace. On accepte plus facilement de « souffrir » au travail quand celui-ci devient une fatalité associée au ciel, à la famille, à la société et à la condition humaine.

Cette pensée a été à l’origine, entre autre, du développement économique fulgurant en Europe. Certains sociologues, comme Robert Ekelund, Robert Herbert, ou Rodney Stark, vont jusqu’à dire que le christianisme a façonné le capitalisme[2]. Des thèses qui vont dans le sens de l’idée proposée par le célèbre sociologue Max Weber, selon laquelle la Réforme protestante a été à l’origine du capitalisme. [3]

Le travail n’est pas une création de richesse mais une richesse à partager 

Le travail n’est-il qu’une activité rémunérée qui permet la production de biens et services ? Ce n’est pas totalement vrai car nous produisons énormément de biens et de service sans contreparties financières : nous élevons nos enfants, nous réalisons des tâches ménagères, et nous jardinons, sans aucune rémunération ! Pourtant, les baby-sitters, les jardiniers et les femmes de ménage sont payés—de prime abord, l’idée peut sembler saugrenue mais son caractère insensé disparaît quand on interroge le lexique.

Avec un simple changement dialectique et sémantique, nous avons réduit le travail à une « location rémunérée du temps », alors que nous travaillons, en tout temps, bien au-delà du cadre professionnel, sans le savoir.

Une mère ou un père au foyer sont-ils réellement au chômage ? Ne produisent-ils pas autant de « richesse » qu’un salarié, si ce n’est plus, pour la société ? Être parent, s’occuper d’un foyer, est déjà un emploi à plein temps. De la même manière, un étudiant est aussi un emploi à plein temps. En fait, « être » et « penser » sont déjà un emploi à plein temps.

Nous sommes dans le droit de demander un revenu de base universel pour toute tâche réalisée, surtout celles réalisées dans le privé : tout non-travail, selon sa définition économique usuel, mérite un salaire.

Tout citoyen mérite une part de la richesse créée par les Hommes, les entreprises et la collectivité[4]. Si l’individu accepte de collaborer dans cette société, la finalité d’un système économique industriel doit nécessairement être le partage équitable de la richesse, et ce sans conditions. Autrement, et dans le cas inverse, cela s’apparentera à de l’exploitation : du néo-esclavagisme, où les travailleurs ne sont que des « avatars » des esclaves d’antan.

L’industrialisation a flanché

Brazil
Brazil

Le processus d’industrialisation n’a pas atteint le résultat social escompté car la société doit d’abord s’organiser selon des modèles sociaux, philosophiques, économiques et politiques nouveaux basés sur le développement de la conscience, le partage, l’empathie, l’harmonie, etc.[5]

Nous aurons dû d’abord commencer par comprendre la nécessité d’une répartition équitable de la richesse par le billet de la création d’un salaire universel pour aspirer à davantage d’harmonie ; ce qui est impossible dans un système qui prône la propriété des idées et le gain pyramidal.

Commençons par déconstruire la notion « illusoire » de propriété par cet exemple :  aussi novatrices que soient les idées, celles-ci ne sont pas la propriété des individus mais sont dues plutôt aux processus d’accumulation du savoir par l’être humain—LA caractéristique qui différencie l’homme de l’animal—, ainsi qu’à l’ensemble des avancées techniques et des équipements d’infrastructures hérités des générations antérieures. Quand un Steve Jobs ou un Larry Page « révolutionnent » l’informatique et internet, leurs inventions ne sont pas créées ex nihilo. Il fallait qu’il existe, au préalable, une infrastructure, une alliance humaine, une technologie, pour arriver à un niveau important de développement technologique et économique.

L’esprit ne fait que réaliser les connexions nécessaires pour organiser un savoir, des informations, déjà existants. Des connexions logiques qui sont, pour certaines, inconscientes, fruit d’une neuroplasticité : un mécanisme biologique propre à la nature et non à « l’intelligence » de l’individu. Dans ce sens, la richesse produite par « l’idée » devra être répartie et non concentrée.

Presque toutes les découvertes scientifiques majeures ont été faites par accident. Certes, « l’œil vigilant », la mémoire sélective de ces scientifiques, et ce que nous appelons « expérience » ont pu être un facteur déterminent dans la découverte, mais encore une fois, le hasard —nous empruntons ici la notion conventionnelle — est ce qui a été le plus déterminant dans cette équation. Cela voudrait dire que la personne qui fait la découverte importe peu : par exemple, si le rayonnement cosmique n’était pas découvert par Victor Hess, il aurait pu être fait par Arthur Campton, ou bien par vous. Tout n’est qu’une question de perspective. Ce qui voudrait dire, sans vouloir faire de syllogisme, que la notion de droit de propriété intellectuelle, ou de brevet, est absurde.

Ainsi, l’industrialisation n’aurait pas flanché si la conscience humaine évoluait, entre autre, loin de l’égotisme.

Notre modèle économique conduit inéluctablement au chômage

The Big Lebowski
The Big Lebowski

Le but de toute industrialisation ou automatisation est d’arriver, in fine, au « repos » de l’Homme, ce que nous appelons péjorativement « chômage » ou « sous-travail ». La communauté, réunie, peut produire un maximum de bien à faible coût, et d’arriver à un niveau d’automatisation à même de libérer les hommes définitivement de la contrainte du « travail de survie ». Et tout le monde pourrait en profiter : être rémunéré sur la base d’un salaire universel c’est accéder à une nouvelle forme de liberté qui rendra les hommes meilleurs sur bien des plans.

Ici, il ne s’agit pas de rémunérer quelqu’un pour ne « rien faire ». Le concept de « ne rien faire » est un faux concept, une illusion de l’esprit, un égoïsme profond basé sur de fausses comparaisons ; même si « ne rien faire » reste un art pour certains. [6]
Dans l’absolu, chacun de nous réalise des tâches, qu’elles soient mentales ou physiques. Dire que nous pouvons « ne rien faire », loin de cet euphémisme ancré dans nos esprits, c’est croire dans l’idée que le cerveau peut cesser de penser, ce qui est presque impossible. La pensée étant la cause primordiale de toute action, nous sommes constamment proactifs « même » dans le repos.

Ce sont nos perceptions subjectives, nos jugements et préjugés qui nous empêchent de comprendre la nature véritable de l’action et de nos réalisations: “Les préjugés occupent une partie de l’esprit et en infectent tout le reste ”, disait Malebranche.

Il existe de nombreux exemples qui peuvent témoigner de l’aspect presque « illusoires » des perceptions —des plus scientifiques comme le principe d’incertitude de Heisenberg, les travaux de David Eagleman qui démontrent l’influence de la perception sur la compréhension de la réalité, aux travaux philosophiques comme ceux de Bergson sur les perceptions et l’intuition.
Prenons un autre exemple que celui de la femme au foyer, de l’étudiant ou du chômeur: pour quelqu’un qui ne connaît pas la méditation bouddhique, bhāvanā, il pensera que s’asseoir pendant quelques heures sans bouger reste nettement plus reposant —et quelque part moins profitable à la société — que de faire du cardio, analyser des statistiques ou d’empaqueter des produits de grandes consommation dans une usine. Un jugement qui se base sur nos images inconscientes — archétypes—, l’expérience de l’observant, perceptions de soi et de l’environnement, sensations, etc. Hors, véritablement, ce qui se passe dans l’esprit du méditant est bien plus intense que ce que l’on pourrait croire. Garder sa concentration intacte sur un objet, pendant deux heures, est un exercice ô combien difficile. De plus, le résultat de ces deux heures de méditation ne sera pas bénéfique que pour le méditant, bien au contraire, il le sera également pour la société : par les actions conscientes du méditant sur son environnement.

Voici ce que certains « droitistes » et « moralistes » pensent du travail : « Un homme valide n’a pas le droit de dépendre du travail des autres. Chacun doit compter sur ses propres ressources et ses compétences pour assurer ses besoins. Tout le monde doit pouvoir apporter sa contribution et échanger le fruit de son travail avec les autres »[7]. Cette définition contemporaine aurait pu être valable si nous évoluons dans une société basée sur le troque, mais, elle perd tout sens quand nous la confrontons à la réalité capitaliste. Rares sont ceux qui peuvent se targuer d’avoir des ressources et propriétés, et la notion de compétence reste très subjective comme nous le verrons. De plus, nous ne pouvons plus parler du « fruit du travail », du produit fini, car celui-ci n’appartient plus à l’ouvrier mais au patron.

Les économistes, de droite comme de gauche, nous vendent une conception révolue du travail : nostalgique, patriarcale et presque héroïque : le salariat devient une nécessité pour l’homme ; le travail valorise l’humain et participe à son ascension sociale.

Au lieu de partager, on accumule 

Nous n’avons rien changé à nos habitudes : nous avons continué d’appliquer le système économique traditionnel, lequel ne pouvait qu’engendrer plus de disparité et davantage d’inactivité et d’exclusion. Ce système a finalement donné naissance au capitalisme.

Salò ou les 120 Journées de Sodome
Salò ou les 120 Journées de Sodome

Un modèle qui n’améliore pas la situation générale des hommes et qui n’œuvre pas pour un partage équitable des richesses. Aujourd’hui, il produit des inégalités jamais atteintes dans l’histoire de l’humanité. Selon les chiffres publiés par l’ONG britannique Oxfam, les 1 % les plus riches du monde possèdent plus que le reste de la planète. L’écart entre la minorité la plus riche et le reste de la population s’est creusé de façon phénoménale au cours des dernières années et ne semble pas s’estomper.

Nous avons davantage de milliardaires que jamais car la fortune qui était censée se répartir sur l’ensemble de la société, grâce à la division du travail et l’industrialisation, est concentrée entre les mains d’une poignée d’Hommes. Une richesse qui ne cesse d’augmenter car au lieu de travailler moins — ce qui est suffisant pour tous—de diviser donc le temps de travail par cinq ou par dix, nous travaillons bien plus qu’avant la révolution industrielle, ce qui est parfaitement illogique. A cela s’ajoute l’apport des machines et des systèmes d’information qui ne cessent de s’optimiser et qui multiplient ainsi le rendement à des niveaux astronomiques.

Faites le travail que vous aimez, vraiment ?

Confucius disait : “Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie.” Vous avez certainement lu cette citation au moins une fois lors d’une conférence de ressources humaines ou de développement personnel. Mais ce qu’on oubli de vous dire, c’est qu’elle ne s’applique plus, ou difficilement, à notre société actuelle— le temps de « l’humanisme chinois » est révolu. Aujourd’hui, cette citation se traduit plutôt de cette manière : choisissez l’instrument de torture qui vous fera le moins mal, ainsi, vous n’aurez pas à trop souffrir dans votre vie.

Par le choix du métier, les Hommes recherchent un certain bonheur et une certaine satisfaction, ce qui est honorable et fort estimable ; car les Hommes désirent éloigner « l’ennui, le vice et le besoin », comme le pensait Voltaire. Mais avons-nous réellement le choix ? Ou bien n’existe-t-il que l’illusion du choix ?

Le système professionnel est construit de telle manière à ce qu’il y ait un certain « filtrage », des barrières à l’entrée. Notre système social et économique est champion des inégalités : en France par exemple, plus le milieu social est favorisé, plus le jeune est diplômé: 75% des enfants de cadres sont ainsi diplômés du supérieur, contre 22% des enfants d’ouvriers.[8]

Choisir est un luxe dans notre société contemporaine ; un luxe réservé aux privilégiées. Mais, combien même vous aurez la chance de réaliser votre rêve, nous serez toujours dépendant d’une hiérarchie et d’un système qui ne cesse de ronger vos libertés les plus élémentaires, car certains éléments , comme le temps, ne sont pas réunis pour vous permettre d’apprécier pleinement ce que vous faites.

De plus, qu’est-ce que cela veut dire d’ « aimer son travail » ? L’amour du travail, dans son sens moral et philosophique, est intrinsèquement lié à la contribution du salarié, par le produit et service qu’il propose, dans la société. Le travailleur contemporain ne s’identifie plus au produit fini, à son activité vitale, et ainsi ne voit plus sa contribution dans la société : contribution qui est normalement source de réconfort et de gratitude.
Contrairement aux ouvriers d’antan, qui maîtrisaient le processus de production et créaient dans ce sens des produits à leurs images, le produit ou service d’aujourd’hui passe par des dizaines d’étapes et processes. A terme, l’ouvrier est en déphase complet avec ce qu’il a contribué à réaliser et ne se reconnaît plus dans l’oeuvre. Un schisme qui mènera à des formes de dépressions et de lassitudes. L’humain est toujours entré en compétition avec Dieu – l’archétype du surhomme de Nietzsche. Le travail lui permet de dompter la nature, de transformer les éléments, de créer du neuf et de cultiver un art, et ainsi de se rapprocher de cet image divine de créateur démiurgique. Sans cette identification, l’humain perd tout repère. Voilà pourquoi les métiers de créations pures —art, architecture, science, médecine, etc.— restent appréciés sur le reste car ces dernières entretiennent un rapport direct et étroit avec l’Homme.

La méritocratie n’est pas une liberté 

Dans notre système économique et sociale actuelle, si vous êtes pauvres, c’est que vous n’avez pas assez bien travaillé, en clair, tout est de votre faute. La méritocratie prend le dessus sur l’égalité du savoir — nous avons voulu faire croire au citoyen que la méritocratie combat le « copinage » alors qu’elle ne creuse, pareillement, que davantage d’inégalité. Et pour cause : au lieu de continuer de diviser les citoyens par le statut social, on les divise aujourd’hui par le savoir. Par ce changement dialectique, l’enfant d’ouvrier s’est mis à penser qu’il a, presque, autant de chance qu’un fils de haut fonctionnaire, et que l’ascenseur social ne fonctionne que par le savoir. Mais en termes de connaissances académiques et de savoir, un fils de haut fonctionnaire aura, dans l’absolu, toujours une longueur d’avance sur un fils d’ouvrier. — Remarquez que l’on ne parle pas ici d’intelligence ou de conscience, mais plutôt de connaissance et d’un certain niveau académique et culturel (Bildung) — qui sont souvent requis pour être accepté dans les grandes écoles et institutions.

Psychologie du capitaliste 

Le voyage de Chihiro
Le voyage de Chihiro

Dans le système capitaliste, une pensée domine : un système de pensée primaire qui rappelle le Niveau I de développement de la personnalité de Dabrowski : « Les gens au niveau I (sur V niveau de désintégration) ont une intégration primaire qui se caractérise par l’absence de conflits internes. Leur vie est essentiellement gouvernée par la biologie. Ils vivent pour remplir leur pulsions biologiques de survie (manger, dormir, avoir un abri) et de se reproduire (sexe et avoir des enfants). Leur intelligence est entièrement mise au service de se procurer ces besoins de base et pour répondre aux normes sociales de la société. »[9] C’est ce que tend à expliquer indirectement le psychologue Kazimierz Dabrowski dans sa théorie de la Désintégration positive.

Vous avez sans doute croisé ou bien vous connaissez des êtres extrêmement doués dans leurs domaines : d’excellents ingénieurs, de bons commerciaux, d’admirables docteurs ou de magnifiques orateurs, mais sur le plan humain et social, ces individus peuvent vous choquer par leur inimitié, antipathie et jalousie. Des individus capables des pires ignominies alors que d’autres, qui ont un statut social ou des jobs moins importants, peuvent au contraire être portés par des valeurs morales supérieures. Le développement humain n’est pas que synonyme d’excellence dans le travail ou de rang social, bien au contraire.

A l’inverse du niveau I, le niveau V correspond au sommet du développement humain, la personnalité est achevée. « L’individu expérimente l’harmonie et est en paix avec lui-même. Il vit selon sa personnalité idéale, son comportement étant dirigé par la construction d’une hiérarchie de valeurs. Virtuellement, aucun conflit intérieur n’est expérimenté depuis que les formes inférieures de motivation ont été détruites et remplacées par des formes élevées d’empathie, d’autonomie et d’authenticité. »[10]

L’individu a encore un long chemin pour se « désintégrer positivement » ou se développer. On trouve le même principe dans le bouddhisme avec le concept de la libération de l’ignorance « Nirvana ». [11]

Peu importe votre type de psychologie (selon la classification Jungienne), peu importe votre niveau d’éducation et votre appartenance, l’évolution de la conscience est nécessaire pour concevoir un modèle économique harmonieux. La transformation a lieu dans notre vie quotidienne par un travail de concentration sur le moment présent, d’empathie, d’observation, de contemplation, d’analyse, de critique, de compassion et de méditation — nous ne parlons pas ici que de méditation assise. Commencez juste par observer la manière dont votre esprit, votre mental, fonctionne.
Se faisant, on regardera le monde dans sa globalité, dans ses interactions : un monde macrocosme, interdépendant, fragile, où tout est interconnecté et où la moindre inégalité peut se répercuter sur l’évolution de l’humanité.

Le salariat tue le temps, et avec la conscience humaine

In Time
In Time

Avec cette nouvelle organisation du travail, on a ôté à l’homme la plus importante des libertés : le temps. Les travailleurs n’ont plus le temps : dans le pays du soleil levant par exemple, les Japonais se contentent de 15 jours de congés en moyenne par an. Peut-on sonder notre « âme », atteindre l’individuation, élever sa conscience, changer nos habitudes, apprendre et régénérer son corps, en l’espace de deux semaines ? Certainement pas.

« La liberté n’est pas oisiveté ; c’est un usage libre du temps. » Jean de La Bruyère (1645-1696)

Les jours fériés ou chômés ne sont plus l’occasion de faire tout cela. Prendre un congé signifie partir en vacances, consommer, se soigner et acheter du bien-être. Nous sommes très loin de la notion de prendre du temps pour soi, pour rester seul à analyser son esprit, sa pensée, sa vie, comprendre ses préoccupations et son être. Pire encore, nous sommes gouvernés par une classe politique et économique, obnubilée par la réussite, qui n’a pas le temps de s’auto-critiquer et ainsi évoluer. Peut-on être vraiment « gouverné » par des individus qui ne prennent que deux semaines de »vacances » par an ?

Sans analyses, sans déconstruction, l’Homme s’automatise suivant une routine, un schéma et un modèle conventionnel. Le conformisme et l’obéissance ne favorisent pas l’apprentissage. Cet individu pensera tout connaître, connaître le monde et la réalité alors qu’il ne connaît que son reflet. Que voulez-vous qu’il sache alors qu’il n’a jamais interrogé en profondeur son esprit ? La pensée est le seul mécanisme qu’il connaît pour interroger ce monde. Mais sait-il seulement que la pensée lui est néfaste ? « C’est l’Homme consumé par l’intellect qui a des croyances, car l’intellect est toujours en quête de sécurité, de protection ; il cherche toujours à éviter le danger, et il élabore donc des idées, des croyances, des idéaux, derrière lesquels il peut s’abriter. », disait Jiddu Krishnamurti dans son livre Se libérer du connu.

Fatigue dans le métro

Par ce manque de temps, l’Homme ne peut plus se permettre « le luxe » de rester seul. Il évolue constamment en « meute », entouré et accompagné par d’autres personnes en quête de repères pour consommer en groupe et transférer émotionnellement leurs soucis aux autres ; comme le disait Artur Schopenhauer « On ne peut être vraiment soi qu’aussi longtemps qu’on est seul ; qui n’aime donc pas la solitude n’aime pas la liberté, car on n’est libre qu’étant seul ».

Quand nous enlevons le temps à l’Homme, quand on le force à travailler sans ménage, la conscience de cet Homme ne peut s’élever, et ne peut plus évoluer. Pis, cette personne ne sait même pas que la conscience peut évoluer, sans que cela ait avoir avec l’intelligence, la culture, l’érudition ou l’éducation.

En définitive, nous construisons un monde d’abrutis et de simplets. La religion et la consommation deviennent des outils de médication. « Toute notre culture et notre société est fondée sur l’envie et l’avidité sous toutes ses formes, qu’il s’agisse d’acquérir des connaissances, des expériences, des biens matériels. […] Quelqu’un qui acquiert des connaissances n’est pas en paix, car il est prisonnier de l’effort. », écrivait Krishnamurti dans Tel que vous êtes.

Redéfinir la notion du chômage

Dans sa définition classique, le chômage résulte de l’inadéquation du coût du travail et de sa productivité, ou découle d’inadaptations structurelles de l’offre et de la demande du marché.

Le chômage est devenu en quelque sorte un épouvantail qu’on brandit pour susciter l’inquiétude dans un but précis: réaliser plus de profit. Deux camps se rencontrent : les économistes et politiciens académiques qui répètent par cœur la rhétorique de l’analyse « classique », frictionnelle ou keynésienne du chômage, les autres, plus conscient de la situation, connaissent ses racines historiques et originelles, manipulent les mots pour éviter ou retarder l’avènement d’une véritable politique sociale. En effet, le chômage est voulu et privilégié par l’élite politique et les régimes.

Mais ce qui est certain, c’est que la courbe du chômage ne peut être inversée car notre société va inéluctablement dans le sens de la diminution des postes de travail poussé par l’industrialisation et l’automatisation—Le travail ici prend le sens de salariat.

Souvenez-vous de ces paroles de Karl Max : le prolétariat est divisé entre ceux qui sont en situation de sur-travail (salariés) et de sous-travail (chômeurs). Ces derniers constituent une « armée industrielle de réserve » qui permet aux capitalistes de faire pression à la baisse sur les salaires.

Quand nos politiciens s’inquiètent de la monter en flèche du chômage, ils font là un vieux jeu, celui du dumping social pour toutes les raisons que l’on connaît : baisse des salaires, contrôle politique et syndicale, etc. Mais si nous évoluons dans une société équitable fondée sur le « droit naturel sur la terre » et le partage des richesses via un salaire universel, nous ne pouvons que nous en féliciter du chômage car il ne s’agit là que du résultat de la stratégie de l’industrialisation et d’automatisation qui porte fruit. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit.

Vous qui manifestez devant les parlements pour demander du travail, vous qui faites la queue devant les agences d’emplois, vous êtes entrain de jouer, inconsciemment, le jeu des régimes et de l’idéologie. A la place de demander du travail, demandez un revenu universel —un revenu qui ne doit pas être assimilé à une sorte d’allocation chômage. Demandez ce revenu car la société ne peut plus produire davantage d’emploi, et tant mieux. Il y a là déjà assez de postes – et nous produisons bien plus, beaucoup plus, que ce que nous consommons : nous produisons définitivement encore plus de richesse que ce que nous pouvons dépenser en une vie.

Et combien même les gouvernements n’entendent pas, changeant notre modèle économique et cessons de vivre dans ce modèle basé sur la division inégale du travail.

Le travail n’est pas synonyme de richesse. Nous pouvons très bien vivre sans beaucoup d’argent si nous le désirons réellement ; si nous convenons à vivre d’une manière plus humble et plus naturelle. Aujourd’hui, nombreuses sont les personnes qui construisent leurs propres logements (Tiny houses, self build houses, etc.), cultivent leurs propres potager et s’organisent en communautés. Des communautés ou des systèmes d’organisations qui n’ont rien à envier à la phalanstère de Charles Fourier. Education, culture, logement, santé, sécurité, tout ceci peut être réalisé à petite échelle si l’on rompt avec la vieille mode, les anciens codes et si l’on envisage d’autres alternatives. Ce n’est ni de l’utopie, ni du communisme, il s’agit de systèmes que beaucoup de citoyens alternatifs suivent.

Le monde est entrain de changer : il existe une théorie qui propose l’idée qu’il fallait inévitablement passer par le communisme et le capitalisme pour que l’on conçoive la nécessité d’un société libre, anarchiste et émancipée de tout isme.

Dans de nombreux pays comme la Finlande et la Suisse, l’on commence d’ores et déjà à expérimenter l’idée d’un revenu de base. La Suisse envisage par exemple de donner 2.300 euros par mois à ses citoyens.[12]

La révolution est en marche, mais cette révolution ne sera possible que si nous prenions le temps d’élever nos consciences.

Notes

[1] La définition du travail n’a pas cessé de changer au cours des siècles. Quand nous citons ici l’exemple de l’Eglise Catholique, nous voulons évoquer la lecture contemporaine qu’a été faite des textes anciens.

[2] Rodney Stark, Le triomphe de la raison, pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, PRESSES DE LA RENAISSANCE, 2007.

[3] Max Weber – L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme

[4] Cette règle ne prend son sens que si la société repose sur un modèle économique collaboratif, comme dans nos sociétés actuelles. Si chacun se contentait de cultiver son potager, de construire sa propre maison, de s’automédiquer, ou de pêcher, rien de cela ne serait d’actualité. Nous n’aurons qu’un droit de terre et nous serions tenus par un pacte social.

[5] Peut-être que ce n’était pas possible de se rendre compte des dimensions philosophiques car il fallait inéluctablement passer par le capitalisme, atteindre un certain niveau de richesse pour assouvir et finir avec les besoins primaires, pour que l’on commence à compter la conscience et l’éthique dans l’équation.

[6] http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/art-presque-perdu-rien-faire-2058.html

[7] http://www.opc-connaissance.com/mieux_vivre/travail.html

[8] http://classes.blogs.liberation.fr/2014/10/29/pour-reussir-mieux-vaut-etre-enfants-de-cadres-que-douvriers/

[9] http://www.surchauffe-du-bulbe.net/d%C3%A9sint%C3%A9gration-positive/

[10] http://www.adulte-surdoue.org/2014/articles/traductions/la-theorie-de-la-desintegration-positive-dabrowski/

[11] Vous pouvez consulter à ce propos Living Dhama de Jack Knorfield ou The collected Teachings of Ajahn Chah.

[12] http://www.directmatin.fr/monde/2016-01-29/la-suisse-envisage-de-donner-2300-euros-par-mois-tous-ses-citoyens-721660

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Une réflexion sur “Salaire universel, travail et chômage : les ingrédients de la liberté

  1. Pourquoi pas la rémunération d’un travail de base? au delà des grandes théorie, le travail salarié n’est pas seulement un revenu, mais un puissant moyen de socialisation des personnes. Alors une caisse pourrait financer pour tout salarié un temps de travail de base soir aux travailleurs indépendants soit aux employeurs de travailleurs à temps plein soir créer des activités salariées pour tous les sans emploi sur la base d’un temps (80% du temps légal) et au tarif du smic.
    il s’agit d’un transfert d’argent créant une base sociale stable. est ce vraiment impossible??

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