Le néo-matriarcat : étape nécessaire vers l’harmonie dans nos sociétés ?

Dans cet article, nous ne voulons pas plaider en faveur d’un retour au système matriarcal, même s’il pourrait s’avérer bénéfique et extrêmement intéressant pour certaines cultures — car tout système social polarisé est voué d’une certaine manière à un échec ; mais nous voulons plutôt démontrer comment la société pourrait se transformer grâce à la connaissance de ce système, et surtout en transformant le modèle patriarcal actuel, aujourd’hui archaïque, en un système où la femme et l’homme jouissent des mêmes droits : l’avènement d’un « pacifisme » et d’une « harmonie ».

Le matriarcat oublié

Rares sont les manuels d’histoire qui parlent aujourd’hui d’une ère où la femme était la base de l’organisation sociale. D’ailleurs, au sein même de la communauté scientifique, le sujet fait débat chez de nombreux ethnologues, anthropologues et archéologues. En effet, certains pensent que le matriarcat n’a jamais « vraiment » existé et qu’il s’agit plutôt d’une « construction mythologique savante », d’autres affirment qu’aucune preuve n’existe d’une société humaine proprement matriarcale.

Certains, comme le théoricien de l’évolutionnisme social Lewis Henry Morgan proposent l’idée que ce système de « dominance » par les mères était une partie intégrante de l’humanité encore en état de sauvagerie, et qu’il était nécessaire de le remplacer par le patriarcat.

 

Matriarcat

Un nouveau regard sur le matriarcat

Toutefois, et depuis quelques années, quelques anthropologues et chercheurs indépendants ont pris la peine de porter un regard neuf sur ces configurations sociales qui continuent d’exister, quoiqu’en nombres restreints, en Asie ainsi qu’en Afrique : par exemple chez les Touaregs (Sahara Central), et chez les Ashanti, les Agni, les Adjoukrou et les Fant (Ghana & Côte d’Ivoire).

Ils souhaitent démontrer qu’ à travers la mère, des civilisations et des patries se construisaient. D’ailleurs, ne faudrait-il pas remplacer patrie, dérivé de pater (« père») par « matrie », dérivé de mater (« mère ») ? Nous éviterions ainsi l’emploi dans le langage courant de « mère patrie », un oxymore que l’habitude nous empêche souvent de reconnaître.

Presque toutes les sociétés d’Afrique noire ont vu leur système matriarcal renversé par l’islamisation et la christianisation. Cela étant dit, les vestiges de cette « tradition » occupent toujours l’héritage culturel oral et cultuel de certaines sociétés. On retrouve l’héritage du matriarcat dans un certain nombre de rituels, comme celui du placenta ­(qui est enterré dans la maison pour symboliser l’attachement de l’enfant à la terre), ainsi par le souvenir de plusieurs déesses de la fertilité et reines africaines comme Agurzil, Tin Hina, Ifru, Ala, Mbaba Mwana Waresa, Asase Ya, Isis, Candace ; par la perpétuation de la matrilinéarité africaine dans certaines sociétés traditionnelles, le totémisme, etc.

Ce n’est que lorsque l’on considère l’importance du matriarcat comme source de l’organisation sociale en Afrique noire,par exemple, que ces caractéristiques prennent tout leur sens.

Le matriarcat, un système fondateur ?

Contrairement à l’idée que certains se font du matriarcat, celui-ci n’est pas simplement l’antonyme du patriarcat. La femme n’y est pas une « commandante » et n’y détient pas systématiquement tous les pouvoirs, contrairement au patriarcat qui garanti ces positions à l’homme. Le matriarcat suppose en réalité une répartition des rôles différente plutôt qu’opposée.

A l’origine, ce système aurait sorti l’humanité de ce que les anthropologues appellent la sauvagerie. Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, où l’instinct primitif prônait sur le rapport social et où la pratique de l’exogamie était démocratisée, la lignée matrilinéaire aurait était la seule à pouvoir être prouvée. La parenté par les hommes était impossible à démontrer. Par ailleurs, le peu de connaissances sur le rôle des deux sexes dans la procréation poussa à la divinisation de la maternité, d’où la naissance du culte de la « Déesse mère ». Depuis l’Afrique, « berceau de l’humanité », cette conception sociale rayonnera ensuite à travers le monde lors des grandes migrations des peuples noirs. Ce mode de vie servira essentiellement au développement de l’agriculture et à la sédentarisation et ainsi à la création des premiers villages (Ceci n’est une hypothèse car elle reste très débatue au sein de la communauté scientifique).

Caractéristiques du matriarcat

Penchons-nous un instant sur les caractéristiques du matriarcat. Un exercice difficile car l’on dénombre des centaines de signes distinctifs entre chaque groupe ethnique matriarcal. Nous n’évoquerons ici que certains traits communs à certaines ethnies.

Le matriarcat, pensé comme organisation matrilinéaire, donne la responsabilité familiale, tribale ou clanique à la femme. Ces sociétés sont perçues comme pacifiques. Ainsi, le district des Moso, l’une des dernières sociétés matriarcales contemporaines chinoises, porte le nom de Yongning, qu’on pourrait traduire par « Sérénité Éternelle ».

Femmes Moso

Dans presque toutes les sociétés matriarcales, les femmes ont le droit de divorce, de transmission de pouvoir, de propriétés (de la terre, des biens immobiliers et mobiliers), d’héritage, de nom (filiation), du choix du ou des partenaires (comme en Scandinavie), etc. Elles détiennent de ce fait le pouvoir décisionnel au sein de la société, et jouissent ainsi d’une liberté totale au sein du clan. L’enfant, lui, est élevé par la mère exclusivement. Il « appartient » à la femme et non au mari et parfois, comme c’est le cas dans plusieurs ethnies (les Moso, les Minangkabau en Indonésie, les Way au Cameroun). L’éducation de celui-ci est assurée conjointement par la mère et l’oncle maternel : on parle ici d’avunculat. Le rôle du père est assumé par le frère de la mère, qui est promu au rang de « père social ». Ce lien particulier de protection et d’amour entre l’oncle maternel et son neveu pourrait même être à l’origine du rapprochement plus important de l’enfant africain d’aujourd’hui avec son oncle maternel, et ce même dans les sociétés devenues patriarcales. Notons que si certaines ethnies conservent encore leur matrilinéarité, la tâche leur est souvent rendue difficile par des États refusant de reconnaître les enfants conçus hors mariage, et donc sans père légal. Une situation qui favorise le mariage et ainsi un glissement vers le patriarcat.

Femme Touareg

La transformation

Certaines hypothèses tentent d’expliquer la conversion au patriarcat. Celle-ci aurait eu lieu dans les sociétés préhistoriques, depuis le néolothique à l’âge du Bronze, avec l’arrivée du commerce des métaux et le développement de l’agriculture et l’élevage. Il y a eu une nécessité de mettre en place des systèmes de défense pour protéger la richesse accumulée grâce à la sédentarisation. L’homme y joua un grand rôle et finira par prendre le contrôle. Des faits que l’on pourrait rapprocher à l’histoire de la dominance des banques à partir Moyen-Âge. Les banques servaient au départ à protéger les richesses, avant de se transformer en un système dont dépend toute la population.

Avec cette transformation sociale, les déesses deviendront dieux, les rois obtienderont les pleins pouvoirs, et les pères seront dorénavant les piliers de la famille, car source économique première. L’homme finira même par obtenir le droit de vie ou de mort sur toute sa famille.

Femmes touareg

Le mariage patriarcal

Le patriarcat repose essentiellement sur le mariage. Ce « pacte » est pour l’homme l’unique garantie de filiation entre lui et les enfants de sa femme. Les relations extraconjugales seront d’ailleurs interdites et sévèrement réprimées dans la plupart des grandes religions. Le sort réservé aux « impures », celles qui ont commis l’adultère, sera sans pitié : lapidation, flagellation, décapitation, exclusion, prison, etc. Les enfants issus d’un adultère seront quant à eux privés de droits civiques, s’ils ne sont pas tout simplement tués.

Tous les moyens seront mis en œuvre pour s’assurer de la descendance du mari. L’on rivalisera d’ingéniosité pour produire des lois religieuses et politiques excluant la femme de la société et la dépossédant de tous les droits : port du voile intégral pour celles en âge de se reproduire, excision, enfermement des femmes dans les maisons, gynécées, sérails ou harems, interdiction des lieux publics, sans parler du dénigrement constant du féminin qu’on cite de tous les noms. On pourrait également citer un exemple récent : l’interdiction d’user de contraceptifs qui encourageraient, selon certaines instances religieuses et politiques, les relations extraconjugales, ainsi que la privation d’éducation, de travail, de possession, etc. La femme est rabaissée au statut d’objet de fantaisie (et de tentation à réprimer) sous la tutelle de l’homme.

La femme, qui a disparu de l’espace public devient alors le centre de tous les fantasmes. Pour éviter la montée des viols, de la perversion et de toutes les formes de violences verbales et physiques contre les femmes mariées, l’on tolérera la prostitution, la zoophilie, la pédophilie et d’autres dérives sociales du même genre. C’est l’avènement de la barbarie organisée et « civilisée ».

Pour une évolution des mentalités et des consciences

Si l’on prend le cas de certains pays européens, comme la France, l’émancipation « juridique et économique » de la femme a fait nettement reculer le mariage et a favorisé l’avènement d’un certain « néo-matriarcat ».

Une fois ses droits restaurés à la femme (de sortes qu’elle jouisse des mêmes droits que l’homme, ni plus ni moins), l’équilibre social et humain naturel se remet presque automatiquement. Le mariage perdra de son sens, ou en tout cas de son aspect obligatoire (et nous le constatons aujourd’hui en occident) ; l’enfant, dont le statut ne dépendra plus uniquement du père, aura tous les droits d’exister dans une société plus humaine et équilibrée. Comme le disait Khalil Gibran :

« Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. »

Contrairement aux anciennes sociétés matriarcales, où la femme détenait parfois plus de droits, et aux sociétés patriarcales où l’inverse était de vigueur, et ce d’une manière autrement plus violente, les sociétés nouvelles se basant sur l’équilibre des pouvoirs, des statuts, et des devoirs favorisent l’individuation, la liberté de conscience et d’actions, et une collaboration/compréhension accrue entre les deux sexes. Cette liberté accrue (tant pour la femme que pour l’homme) réduira considérablement les violences sexuelles et conjugales, nos propensions à la guerre, à la discrimination,et permettra l’avènement d’une société harmonieuse, une société à l’image de ce que décrit le philosophe et utopiste Charles Fourier, pour qui il n’y aurait que deux états : la barbarie ou l’harmonie. L’harmonie existera. La barbarie légèrement adoucie est ce que l’on tend à appeler civilisation ; c’est là où nous en sommes aujourd’hui.

Les sociétés germano-scandinaves qui sont restées très proches de leurs racines matriarcales sont aujourd’hui le fer-de-lance de cette harmonie. La femme y est égale à l’homme (qui bénéficie d’ailleurs d’un congé paternel), et l’on assiste dans ces pays à une transformation de la conscience. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que les pays scandinaves se classent premiers dans de nombreux domaines : santé, éducation, bien-être, sécurité, niveau de vie, bonheur, etc. Les sociétés africaines devraient ainsi prendre le meilleur du matriarcat, et en user comme moteur d’une nouvelle harmonie.

Par Samir Taouaou

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2 réflexions sur “Le néo-matriarcat : étape nécessaire vers l’harmonie dans nos sociétés ?

  1. Merci pour cet excellent article qui résume exactement ce que je pense, le matriarcat est la seule vraie réponse face à toute les horreurs financcières colonialistes, et guerrières.Pour moi en chaque femme vit un peut la Déesse notre mère … l

    Aimé par 1 personne

  2. Excellent article!
    Une revalorisation des valeurs féminines, le retour du culte de la Déesse-Mère pour sauver la terre..Arthur Rimbaud y fait référence dans son poème « Soleil et Chair ». Georges Bataille dans les « larmes d’Eros » : « la liberté de ces premiers temps représente un caractère paradisiaque , il est probable que leurs civilisations rudimentaire ..ignoraient la guerre.
    A vrai dire, j’ai eu l’occasion d’aller en Chine, dans le Guizhou à la rencontre des ces dernières sociétés matrilinéaire. Ils vivent en parfaite harmonie avec la Nature.

    Aimé par 1 personne

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