Arrêtez d’amalgamer art et culture, merde !

Dans bien de plaidoiries sur la culture, l’on pense celle-ci comme un levier de développement social et économique, comme un moyen de fédérer le citoyen autour d’une cause transcendante, libérale et humaniste. Pour cela, certains acteurs appliquent à la culture une approche tantôt politique, économique ou industrielle, comme ce qui est énoncé ici et là. Or penser la vraie Culture comme une industrie, comme un « secteur économique, générateur de richesse » et plaider en faveur de son industrialisation l’amènera certainement à sa perte, et la remplacera par une culture ministérielle politique qui prise particulièrement les formes d’expression absconses, comme en témoigne certaines formes d’art contemporain subventionné par les États.

Avant de plaider en faveur d’une culture libérée de l’emprise des États et du capital, attardons-nous un instant sur un aspect crucial à la compréhension de toute expression : l’influence du lexique.

Redéfinir son système de pensée : l’idéologie du discours

L’être humain, le critique, ne pense qu’avec des mots et des archétypes. La pensée ne découle pas de concepts mentaux abstraits fruits d’une expérience particulière, mais plutôt de la modélisation d’une série de mots et d’archétypes en concepts. Considérons un cas très simple : si, sous l’influence de mon éducation et de mon expérience, je n’utilise qu’un lexique économique — croissance, développement, profit, revenus, industrie, politique, etc. Dans ce cas, je ne penserai qu’en compagnie de ces termes. Dès lors, un politicien pensera la culture politiquement et un économiste économiquement.

Notre inconscient est constamment bombardé, influencé et tronqué par des termes qui changent radicalement notre manière de raisonner. En d’autres termes, si l’on présente à un citoyen qui se pense de gauche un vocabulaire de droite, sa manière de penser la politique va, elle, progressivement se convertir en conséquence. Cette configuration nous mène à penser qu’une idéologie n’est qu’un discours, des mots, un lexique. Au niveau macroscopique, l’influence linguistique d’une doxa dominante s’enracine inéluctablement dans notre inconscient collectif. Bref, une culture idéologique transforme la compréhension du monde du citoyen, lequel finira in fine par adopter malgré lui ce carcan mental.

Zizek
Ideology and perversion : Source : the Pervert’s Guide to Ideology

Le drame : amalgamer art et culture

Malgré leurs simplicités apparentes, les mots ont une portée et une influence majeure. Les mots façonnent notre manière de penser le monde, ainsi que les grilles de lecture que nous lui appliquons, au nombre desquels on compte la culture. Ce terme, qui a longtemps fait front contre la soumission et la servitude, qui est le propre de l’humain, a été « savamment » altéré. Dans notre société actuelle, on ne peut plus parler de culture sans évoquer l’art. Il en est même devenu le synonyme alors qu’il n’y est en réalité que subsumé.

Qu’avons-nous fait de cette définition de l’UNESCO :

« …La culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

Attardons-nous sur cette notion qui aujourd’hui amalgame culture et art. Pour comprendre son origine, il nous faut remonter à la seconde moitié du XXème siècle et tout particulièrement après la seconde guerre mondiale. La France souhaite alors, pour des raisons politiques et géostratégiques, se doter d’un ministère de la Culture qui sera baptisé ministère d’État chargé des Affaires culturelles [1]. Depuis, de nombreux pays se sont alignés. C’est le début de la montée en force de l’idéologie et de la pensée unique.

Avant la seconde guerre mondiale, il n’existait que trois régimes dotés d’un ministère de la Culture : le régime totalitaire nazi, sous Joseph Goebbels, le régime stalinien et enfin le régime fasciste sous Alessandro Pavolini, ministre de la Culture populaire dans le gouvernement Mussolini. Nul besoin de briller intellectuellement pour savoir que ces ministères défendaient des agendas particuliers.

Notez bien ceci, un ministère de la Culture est un ministère qui est chargé de la préservation et de la promotion de l’art et de la culture. En revanche, certaines questions manquent souvent d’être posées : promotion de la culture, mais de quelle Culture ? Comment définir la culture et quelle culture choisir ? Ne risque-t-on pas d’exclure la pluralité des cultures au profit d’une forme de culte totalitaire, d’une abstraction dont la fin n’est autre que la pensée unique et formatée de soi et du monde ?

Qui se souvient de ces termes : propagande et idéologie ? Ce sont des mots qui ont été délibérément retirés de notre lexique et remplacés par une terminologie « tendance » non péjorative. Dans ce cas, propagande a été remplacée par communication. L’après guerre est en quelque sort une nouvelle ère linguistique et rhétorique. Dans plusieurs gouvernements, le ministère de la Culture finira d’ailleurs par absorber la communication, ce qui donnera naissance à ce que l’on appelle aujourd’hui le Ministère de la Culture (l’idéologie) et de la communication (la propagande).

Posez-vous la question, pourquoi la culture doit-elle rester sous la coupole d’un gouvernement ou d’un État ? Pourquoi les Etats, même déficitaires, continuent de financer la culture ?

Certaines formes d’art contemporain gangrène la culture

Les Etats ne financent pas la culture mais plutôt des formes d’expression et de communication se faisant les porte-paroles de sa doctrine philosophique et de son discours politique. Des formes d’expression produites par des sous-traitants qui vont reprendre mot à mot le discours du gouvernement en place, si ce n’est l’embellir, et ce jusqu’à porter quelques formes d’expression au panthéon divin comme c’est le cas de l’art contemporain subventionné. Peu sont ceux qui osent encore le critiquer. L’art qui ne suit pas et ne respecte pas le discours bien-pensant ne sera jamais mis en avant. Qui, quel gouvernement financera un art, un moyen d’expression « non-aligné » ? On lui préfère un art neutre. Un art qui ne voudrait, dans l’absolu, rien dire. Et si d’aventure il signifie quelque chose, on lui fera dire tout et son contraire.

Source : http://admissions.tufts.edu/files/resources/img_3564.JPG
Art et Nihilisme

Cette forme d’expression, on la finance, on la subventionne et on la brandit comme étendard : le sacro-saint art contemporain post-duchampien. Cette abomination créative, remplit bien son rôle. Car, passé les premières réactions de surprise face à la nouveauté, deux traits superposés, un cercle mal formé et des couleurs hétérogènes ne risquent pas de mener à une révolution intellectuelle ! Entendons-nous bien, l’art n’a pas comme vocation ontologique de révolutionner les idées, mais quand la politique et la finance se mêlent de l’art, comme c’est le cas aujourd’hui, l’art indépendant doit devenir, quelque part, rebelle et signifiant.

Pour mettre à l’épreuve la validité du raisonnement selon lequel l’art contemporain subventionné nuit à la culture, il nous faut voir en quoi cette forme d’art tient deux rôles : un rôle politique de premier plan (celui de la neutralité et du nihilisme), et un second rôle économique, celui du profit.

L’émergence d’un art pseudo-métaphorique, incohérent et abstrait va tuer l’expression artistique. Un art neutre incompréhensible, créé par des artistes sans vision et s’appuyant sur une critique complaisante, est le gant de velours dont doivent savoir se vêtir les idéologies contemporaines. Il est passé le temps de la force brute, et les gouvernements ont bien compris cela.

Source : http://www.artfido.com/blog/wp-content/uploads/2014/08/Untitled4.jpg
Vagina Egg Paiting

Aussi, il est intéressant de remarquer qu’une toile ou un morceau de musique se revendent aujourd’hui à des millions de fois leurs coûts de production. Et il ne s’agit guère là d’œuvres d’artistes que la reconnaissance des siècles et des sensibilités aurait rendu illustres, mais bien de producteurs ayant su se faire, par des méthodes n’ayant pas grand chose à voir avec l’art, une place sur le marché. Même la trading et la spéculation ne font pas mieux ! Nous sommes ici devant le chef d’œuvre de la production capitaliste. Aucun produit dans le monde ne peut se vendre à des millions de fois son prix de production. Le capitalisme tient là son Graal. Le Picasso vendu récemment à 179 millions de dollars en est le meilleur témoin. Picasso a été sanctifié par l’église de la bien-pensance et il n’est plus guère question de critiquer l’artiste ou son œuvre.

Source : http://www.sothebys.com/content/dam/sothebys-pages/video-pages/2013/06/SIZZLE_2013_Still.png
Source : En 2012, Sotheby’s enregistra un chiffre d’affaires de 1.25 milliards de dollars

Industrialisation de la culture

L’industrialisation s’est invitée dans tous les domaines, et la culture contemporaine sous sa forme unique, l’art, n’y a pas échappé, bien au contraire. On pense l’art comme projet, comme programme, d’où la nécessité pour l’artiste d’avoir un projet ou un programme artistique. L’art est financé par des banques, des institutions, des entreprises et des Etats. Un art spéculatif qui a ses codes, ses manifestes, et l’on enseigne aujourd’hui le marché de l’art et l’industrie artistique dans les universités. En somme, l’art n’a jamais été moins libre et indépendant qu’aujourd’hui.

Ceux même qui défendent la culture fantasment sur une « utopie », celle de voir les rues et les quartiers transformés en immenses galeries d’art. Preuve s’il en est, les affiches d’art contemporain qui remplacent les panneaux publicitaires, la montée en puissance du street art « contrôlé et subventionné », les installations dans les rues, etc. Le problème ? Je vous laisse deviner… Avant de vous extasier devant une œuvre « abstraite »sur un mur de six mètres, questionnez-là. Pourquoi est-elle là et quel message délivre-t-elle ? : Il s’agit d’être conscient de ce qui nous entoure et de ce que nous ingurgitons inconsciemment. Redéfinir les critères de beautés, du jugement et cultiver un esprit critique.

Pour revenir à l’industrialisation de la culture, la notion même de ce que nous appelons contemporain obéit à la loi du marché : à la consommation et à l’obsolescence. De même que les téléphones portables, les ordinateurs ou la mode, l’art suit des tendances temporelles, et subit les influences des grands médias, des agences de communication et de notation, et de la production de masse.

Il faut savoir que pour financer un projet artistique, l’un des critères de sélection est l’innovation. Encore une fois, on applique un concept économique à un domaine qui se voudrait purement intellectuel. On tape dans la nouveauté en lieu de créativité, et l’on finit par fabriquer des « produits » artistiques à durée de vie déterminée : un produit de grande visibilité (et donc consommation) qui n’a que deux objectifs : s’exposer et se vendre.

Non aux ministères de la Culture, non à la culture subventionnée et imposée

Nous avons parlé de l’art. Mais la « Culture subventionnée » des Ministères de la Culture dans tout cela ? La culture dominante, l’idéologie défile dans l’espace public sans que l’on s’en rende compte : dans les galeries d’art, à la télévision, au cinéma et dans l’espace public. Elle s’installe si bien qu’elle en devient indiscernable. Ainsi le citoyen ne voit plus que ‘l’art’, l’objet, la chose matérielle, et oubli la culture, l’esprit, la chose immatérielle. En somme, une idéologie particulière va désormais de soi, et un programme politique a atteint, ou est en passe d’atteindre, son apogée.

Certains défenseurs de la culture ne sont que les serviteurs d’une idéologie. Et ce parfois sans même le savoir. Ils se pensent libres, car l’archétype même de l’artiste, dans l’inconscient collectif, est la liberté. On utilise l’art pour donner l’illusion d’une société libre. Mais quand une forme d’expression essaie de peindre une réalité sociale, comme c’est le cas du film Much Loved ou d’oeuvres frictionnelles comme l’Empire des Sens, etc. les Ministères de la Communication se transforment en censeurs défiant toute autorité morale.

Aux Etats-Unis par exemple, il n’existe pas de Ministère de la Culture. A l’époque de la Guerre Froide, les américains rentrent en compétition idéologique, identitaire, technologique mais aussi culturelle contre l’URSS qui s’autoproclamait nation des intellectuels et des artistes. La culture et l’art deviennent un outil de propagande. Les américains prennent la décision de ne pas créer de Ministère de la Culture centralisé. Une bonne chose à priori, mais l’histoire ne s’arrête pas là…

Les Américains  ont fini par trouver d’autres méthodes pour garantir l’expansion de la culture américaine.

Des institutions étatiques et privées ont pris le relais pour diffuser la culture américaine dans le monde, comme le Plan Marshall et Voice of America, et ils ont réussi. Le Plan Marshall avait pour objectif de participer à la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Mais plusieurs voix se sont élevées en Europe pour dénoncer « une mise sous tutelle économique et culturelle des pays « libérés » par l’armée américaine ». La culture devient alors un outil servant à l’avancée de principes sournois tels le capitalisme, la démocratie à géométrie variable, la liberté d’expression contrôlée, l’art comme moyen d’expression sanctifié,etc. L’on doit savoir une chose : la culture ne pourra jamais totalement échapper à l’emprise des gouvernements. La culture, pensée ici comme un outil de propagande et de communication, est serviteur du totalitarisme. Il suffit, pour se rendre clairement compte de cela, de comparer les films hollywoodiens aux films indépendants.

Il existe un second problème, lequel vient de ceux mêmes qui prétendent défendre la culture. Dans certains pays qui se pensent « en voie de développement » — une notion moyenâgeuse — les « cultivés » militent pour que l’Etat soit plus présent dans le paysage culturel. Ils veulent ce qu’ils appellent « une politique culturelle » adaptée pour aider les jeunes et les artistes. Mais ils oublient qu’une ingérence de la part de l’Etat fait souvent, si ce n’est toujours, régresser le degré de liberté de l’art et de la culture. A l’inverse, dans une société où l’ingérence culturelle est absente, l’on constatera souvent l’émergence d’un art libre et indépendant.

Aux Etats-Unis toujours, une pétition initiée par Jaime Austria, demandait au président Obama la création d’un secrétariat culturel . En voici les grandes lignes : «votre bon ami, Quincy Jones a dit qu’il plaiderait auprès de vous pour un Secrétaire des arts. Nous soutenons sa demande[] Nous avons besoin d’un [tel poste] pour l’avenir de notre pays, pour donner aux jeunes l’image que l’art est important pour tout le monde, pour développer la créativité ». Cette pétition définit exactement la nouvelle doctrine des nouveaux «cultivés».

Voici une autre lecture que nous pourrions faire de cette pétition: par la création d’un ministère de la Culture, nous pourrons donner aux pauvres jeunes la possibilité de s’exprimer par l’art. Car, le seul moyen pour eux de «grimper » socialement réside dans la culture. Une supercherie qui perdure et que je ne  détaillerais pas ici. L’être humain n’a pas besoin de gouvernements pour l’aider à développer sa créativité, encore moins pour l’encourager à apprécier l’art. Il existe bien sûr des exceptions, rares, mais de telles démarchent finissent par produire des artistes conformistes et une main d’œuvre pour vendre davantage d’œuvres contemporaines à bas coût à Sotheby’s, le tout pour ramener plus de touristes dans les musées d’art.

Pour une vraie culture 

Si l’on doit supprimer les ministères de la Culture, nous ne devons pas les remplacer par des institutions privées comme aux États-Unis, ou par des organismes financés par les Etats ou les entreprises à l’image de certaines fondations qui, dans le meilleur des cas, ne s’en servent qu’à des fins promotionnelles.

Les gens ne conspirent pas pour asservir le monde, mais l’ignorance et l’absence d’auto-critique, l’attrait du gain et l’amalgame de concepts les poussent à desservir la culture en pensant, au contraire, la servir.

Un diplômé lambda d’une grande école ne pensera pas forcément la culture comme un moyen de propagande et de soumission. En bon stagiaire au Moma, au Moderna Museet, au Palais de Tokyo ou à l’IMA, il ne pensera pas une seconde qu’il contribue à l’anéantissement et l’abrutissement du vrai art et des artistes.

Source : http://arrestedmotion.com/wp-content/uploads/2010/12/AM-Christies-Banksy-Auction-22.jpg
Contemporary art at auction

Ces travailleurs de l’art pensent celui-ci comme une source de lumière divine, et tout est bon pour la répandre. La culture subventionnée est utilisée pour lutter contre « l’extrémisme » et diffuser la bonne parole, mais pas n’importe quelle parole, celle de la bien-pensance et du Pipi sur le canapé (grand classique des artistes contemporains et des photographes comme Wolfgang Tillman pour ne citer que lui). Hommage est donné au nihilisme, à la bizarrerie, au choquant, au subversif et à la démesure. Des notions qu’on retrouve dans presque toutes les thématiques de l’art contemporain subventionné.

Je vous propose de regarder cette vidéo que j’ai enregistré au Moderna Museet de Stockholm et qui montre un bref instant un enfant en train de regarder une « oeuvre » de l’artiste : un « punk » se soulageant sur un canapé. En bon critique d’art, l’on peut disserter des heures sur la scène. Bien sûr, il ne faut pas dire qu’on déteste sous réserve d’être foudroyé par la rhétorique de l’intelligentsia. Un peu comme les catholiques de l’époque qui pensaient que les africains n’avaient pas la « transcendance » et l’intelligence nécessaire pour concevoir et comprendre la notion de Dieu. Si vous ne comprenez pas la nature intrinsèque de cette forme d’art, vous êtes, pour eux, un athée, un hérétique. L’image de l’enfant est intéressante car il n’est finalement resté devant l’oeuvre qu’un bref instant. Ni choqué, ni intéressé par une image ne contribuant en rien à son développement mental, sa curiosité, sa compréhension de lui-même et du monde qui l’entoure.

Tout ce la ne revient pas à dire qu’il faudrait interdire ces formes d’expression, bien au contraire. La subversion et le sexe ont toujours existé dans l’histoire de l’art et de l’humanité. Des œuvres modernes comme celles de Pablo Pasolini, de Takeshi Miike ou de Nobuyoshi Araki contribuent à déconstruire certains de nos concepts et idées reçues. Mais de là à l’élever au rang d’expression ultime méritant sa surmédiatisation, et à lui offrir le monopole du paysage artistique au détriment d’autres messages, d’autres questionnements, d’autres techniques…L’art ne se résume pas à cela, et a bien plus à nous offrir qu’une piteuse dose quotidienne de sensationnalisme.

Encore une fois, comprenez que la démarche n’est pas artistique mais politique. Utiliser la sexualité, la subversion et le sensationnel pour faire la promotion de la liberté d’expression, sous forme de culture libérale, nuira foncièrement à la liberté créatrice laquelle se transformera en outil de propagande.  La culture est devenue religion et les salles d’exposition en sont les temples.

Exposition Théâtre du monde - La maison rouge (Paris)
Exposition Théâtre du monde – La maison rouge (Paris)

L’art s’est toujours développé entre besoin de renouveau et réglementations élitistes, voire passéistes. Il est néanmoins intéressant de constater qu’à l’heure où tous se réclament de la suppression de règles, l’on trouve de moins en moins d’originalité et de sens à se mettre sous la dent.
 Mais ce genre de constat désillusionné est là encore une erreur : les artistes et oeuvres d’art méritant notre attention se comptent par milliers et se produisent à chaque instant. Il nous suffit de trouver notre indépendance vis-à-vis de l’art officiel, des galeries d’art contemporaines et autres « évents » culturels pour les trouver.

Penser la culture comme utopie

Burning Man 2014 - Matt Schultz
Burning Man 2014 – Matt Schultz

Dès lors, par quoi nous faudrait-il remplacer le ministère de la Culture ? Peut-être par des associations indépendantes se finançant auprès de ses adhérents ou via un financement participatif. Sinon, laissons la culture se faire et se défaire, laissons la culture se nourrir de tout et nous réunir tous sans influences quelconques. Laissons les beaux-arts aux artistes sans monétiser l’art, l’étiqueter, le dénaturer ou chercher à en tirer un quelconque profit. Si profit il y a, il ne devrait pas y avoir de spéculations ni de surenchères.

Faisons un peu d’hors sujet. Pour vous donner une idée de ce que serait une culture, je vais emprunter une utopie technique et philosophique inventée par l’écrivain écossais de science fiction Iain Menzies Banks. Cet écrivain est un savant connaisseur de l’histoire des mouvements politiques de gauche. Son argument s’approche de ceux de plusieurs philosophes comme Karl Marx, utopistes et anarchistes comme Max Stirner, un argument selon lequel une économie de l’abondance, une société purement capitaliste, « rendrait possible à terme (si ce n’est inévitable) l’anarchie ou l’adhocratie. »

Dans ses romans de science fictionLa Culture est une civilisation pan-galactique considérée comme anarchiste, c’est à dire dépourvue de loi, de systèmes hiérarchiques, monétaires ou de notion de biens. Cette société prône une totale égalité entre les humains, les extra-terrestres, les drones et les intelligences artificielles. Une société stable qui n’utilise aucune forme de pression, de contrôle ou de force.

Pourquoi je prends cet exemple: c’est que, pour qu’il n y ait plus d’ingérence dans la culture, la société devra suffisamment évoluer vers la vraie anarchie (et non celle expliquée dans la culture mainstream, qui est synonyme, et que l’on voudrait vous faire croire qu’elle est égale au chaos). L’individu prendra conscience de son individualité profonde et du corps collectif. La culture est pour lui un moyen pour l’entendement et l’évolution des consciences. L’art en revanche doit être libre, anarchique et éphémère : construire pour brûler pour reconstruire de nouveau : le cycle de la vie. L’art n’est pas sanctifié, ne dure pas dans le temps et n’a pas de valeur. C’est à cet instant précise que l’on comprend vraiment sa portée philosophique.

chomo

Ceci n’est pas un manifeste, à chacun de définir ce qu’est la culture pour lui et de faire un travail de déconstruction de l’acquis.

[1] Dans sa « Conférence Gesticulée », Franck Lepage donne une explication détaillée de la création du ministère de la Culture. Cet essai reprend quelques éléments intéressants de cette conférence.

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